
Récemment j'ai réalisé que même si j'avais les moyen de me payer tous les coaches et les thérapeutes du monde, je serai toujours déçue.
Les incestées qui ont décidé de se former pour aider les autres sont rares, et je constate souvent que les coachs ou les thérapeutes font plutôt ce boulot pour dominer ou imposer leurs vues aux autres.
Au vu de ma propre expérience, le plus difficile est de trouver la personne qui a l'empathie nécessaire pour s'occuper des incestées. Je le répète : une incestée qui découvre son mal redevient la petite fille violentée et il faut déployer des trésors de délicatesse pour l'amener à lui faire comprendre ce qui s'est passé, puis l'amener en tant qu'adulte à lui faire porter un regard bienveillant sur elle-même.
Cela demande une grande disponibilité, de la patience, de l'empathie, à grosse dose.
Ce que personne ne dit, c'est qu'il faut aussi réapprendre les codes sociaux des relations aux petites filles torturées, car elles ne le les ont pas appris dans leur famille.
De plus, la conception même de ce qu'est l'amour, ce lien primordial, est infecté par l'inceste. C'est difficile de persuader une ancienne enfant qui a servi d'objet à sa famille (sexuel ou non) qu'elle est un sujet et qu'elle a simplement le droit d'exister.
Il faut bien avouer que les incestées ont un tel déficit d'estime de soi et d'amour qu'elles se transforment littéralement en vampires dès qu'elles trouvent quelqu'une qui leur accorde un peu d'attention.
Cela fait une équation difficile à résoudre : une thérapeute qui fait ce qu'elle peut, mais qui soit s'engager corps et âme car sa cliente porte un besoin d'amour comme un gouffre sans fond impossible à combler, et elle sent si la thérapeute est vraiment avec elle ou non.
L'autre paramètre est que l'ambiance dans les médias est à dévaloriser l'entraide et dans sa forme rémunératrice, le salariat. Le fait de pousser tout le monde à devenir auto-entrepreneures est symbolique d'une société qui dévalorise la coopération, tout le monde étant appelé à monter sa boite, à devenir coache, ce qui revient à être payée pour aider les autres. L'ultra libéralisme a gagné les personnes les plus modestes, qui récriminent contre les « assistées » et les étrangères qui sont censées profiter de la manne de notre Etat providence. Les plus précaires sont montées contre plus misérables qu'elles. Elles n'ont aucune idée des difficulté à surmonter pour obtenir cette aide qui passe pour mirifique.
De plus cette ambiance encourage notre penchant naturel pour la plainte : beaucoup se plaignent de ce qu leur voisine a plus qu'elles sans le mériter le moins du monde. De fait, malgré les apparences, nous sommes dans une société où l'autonomie n'est jamais encouragée. Il vaut mieux critiquer les autres que de s'intéresser à ce qui pourrait nous faire aller mieux. Il faut mieux éviter de faire des efforts : " Regarde la voisine : elle a tout ce que je veux sans lever le petit doigt, c'est pas juste, pourquoi pas moi ?".
Finalement le déni de réalité est devenu général, les gens ordinaires se racontant des histoires falsifiées sur la réalités des autres. Ce n'est pas étonnant que la maltraitance des enfants passe inaperçue : les adultes se maltraitent suffisamment elles-mêmes pour ne pas voir ce qui se passe sous eux. Si l'on ajoute à cela le pouvoir de reproduction des parents sur les enfants, on a l'équation parfaite pour que chacune reproduise les violences encore et encore.