Survivre un peu

Se réparer › S'appuyer sur les émotions

L'être humain est gouverné par les émotions, il est profitable de les apprivoiser.

Cela demande du travail, car nous nous ne recevons pas de formation pour cela, et dans notre société montrer ses émotions c'est faire preuve de faiblesse. Or les humains sont des créatures hautement émotionnelles, c'est bien la dessus que s'appuient le marketing et les merdias pour vendre leur soupe.

Il est nécessaire de reconnaître l'impact énorme qu'elles sont sur nous avant de commencer à pouvoir les gérer puis de ne plus être gouvernées par elles, enfin de savoir les utiliser. C'est encore une fois la psychologie qui a fourni les recherches sur la question, mais ce sont les "sciences cognitives" qui s'en sont emparées désormais.

Amorcer un dialogue intérieur

Si l'on part de zéro, la démarche est la suivante :

1) Savoir reconnaître quelle émotion se manifeste, afin d'utiiliser les pouvoirs bénéfiques du langage humain : nommer les choses c'est déjà savoir à quoi on a affaire. Lors de l'apparition d'une émotion, il ne faut pas se juger ni se critiquer. L'émotion est là, c'est qu'elle a une bonne raison de se présenter à nous.

2) Une fois l'émotion reconnue, nous avons plusieurs possibilités : soit se référer à une "grille" qui nomme les émotions et qui peut nos indiquer à quoi elle renvoit dans notre vécu. Avec la pratique, on apprend à reconnaître les émotions qui viennent nous emporter et on peut s'isoler pour chercher dans son esprit à quoi cette émotion renvoie dans notre vécu. 
Si l'on évite l'auto-critique, avec un peu d'entraînement, les émotions ne demanderons pas mieux de nous raconter pourquoi elles émergent.

Voici un exemple, qui vaut son pesant de cacahuètes : j'ai des accès de colère qui tournent à la rage lorsque je rentre dans le salon le soir et que je vois que mon mon conjoint a éteint la lumière. Oui, ça paraît totalement ridicule : comment peut-il savoir que j'ai l'intention de revenir dans le salon ? Toute ratinalisation est inutile, car quand je reviens dans la pièce de vie et je vois qu'on a éteint la lumière, cela me fait entrer dans une rage folle, je deviens dingue ! 
L'explication est la suivante : c'est un acte symbolique, qui signifie que si quelqu'un éteint la lumière après moi, je n'existe plus. J'ai disparu et je ne reviendrais pas puisque la lumière a été éteinte par quelqu'un d'autre. Ca vous paraît léger ? Pourtant d'avoir interrogé ma colère m'a permis de comprendre ce qui paraît stupide pour n'importe qui. Pour moi, cela porte un sens profond, relié au dénigrement systématique de mes parents et à la tentative d'anéantissement par la violence sexuelle.

Ce processus d'identification des émotions est long à mettre en place, car on a toujours tendance à croire que la cause immédiate est la bonne. Mais avec de l'entraînement et de bonnes lectures, il m'est devenu facile de comprendre pourquoi je m'énerve ou je me sens mal en face de quelqu'un. Cela m'a permis d'aller chercher beaucoup de racines de mes traumas d'enfance.

 
Savoir se consoler

La guérison des traumas demande de pratiquer des espèces de rites dont on n'ose pas parler, tellement la gestion des émotions est encore taboue.
La première chose est de se faire confiance, car notre corps sait nous indiquer la bonne chose à faire pour se calmer ou pour expurger une grosse remontée de souvenirs.
Cela peut être écouter une musique, faire une infusion de plantes. La chose importante est d'être seule et sûre de ne pas être dérangée. Cela passe toujours par une crise de larmes, qui nettoie en profondeur notre psyché.

En matière d'auto-consolation, voici ce que j'ai trouvé d'efficace  : 

- Les visualisations : je me donne une intention (par exemple : je vais examiner pourquoi la situation d'hier avec X m'a mise en colère), je ferme les yeux et je m'imagine dans un endroit où je me sens bien. Puis je convoque les situations ou les personnes et j'interagis avec elles en imagination.

- Se faire des auto-câlins : s'offrir des massages, prendre des moments réellement pour soi, en se parlant, se faisant des compliments, faire des listes de ce que l'on a surmonté.

- Rencontrer son enfant intérieur. C'est une phase délicate, où vraiment personne ne peux vous conseiller. Je pars du principe que je n'écoute pas ceux qui font des conférences et des livres sur le sujet, car personne n'a eu mon expérience.
J'ai encore du mal à aller voir mes petites filles. Car oui, j'ai compris récemment que c'était normal d'avoir plusieurs "moi" enfants auxquelles je vais parler : chacune des "moi" correspond à des états de moi enfant, à des stades différents de trauma. 
Les interactions avec son ou ses enfants intérieurs sont délicats, car elles demandent de se faire profondément confiance. Il faut se laisser guider par ses propres sentiments sans vouloir suivre une recette.

J'ai eu l'occasion de les serrer dans mes bras, de pleurer avec elles. Elle m'onté révélé des choses abjectes, difficiles à entendre. Mais au fil des révélations, leur aspect s'améliore : d'enfant pleines de bleus et de sang, elles redeviennent des petites filles avec plus d'intégrité.  En parallèle, avec leurs révélations, les conséquences des violences s'atténuent : j'ai résolu des problèmes physiques que je trainaît depuis mon enfance grâce à mes petites filles  (voir  » Le corps).

Au départ, c'est douloureux. Se découvrir petite et maltraitée, ça fait un choc. Il est nécessaire d'exprimer beaucoup de larmes et de rage pour accepter leurs révélations. Quand on y est, ça paraît interminable. Mais la souffrance s'arrête en général une fois qu'on a suffisamment pleuré ou crié, et alors le soulagement est immense. Cela demande beaucoup de courage, mais au fil du temps, les entrevues prennent moins d'énergie. De toute façon, dans le cas de l'inceste, le plus gros travail est d'accepter que oui, ça nous est bien arrivé à nous. Le second choc est de se rendre compte à quel point toute la famille est complice. 
L'exploration de la mémoire demande que l'on soit disponible à soi-même, et au début, que l'on soit aidée. Sans aide, je n'aurai pas compris ce que je voyais. Sans une autre humaine qui m'accompagnais, je n'aurai pas pu regarder ce à quoi j'avais été confrontée avec des yeux d'adulte. Je me serais peut-être encore sentie coupable. Revivre les scènes de violence demande un maturité psychique, afin de bien pouvoir accepter les sentiments de l'enfant d'alors (culpabilité, peur, paralysie...) et poser dessus la compréhension d'une adulte (je n'avais aucune possibilité de m'échapper, je n'étais pour rien dans la maltraitance que j'ai subi...).

La bonne nouvelle, c'est que les problèmes disparaissent une fois que les traumas ont été visualisés et qu'on a versé un bon torrent de larmes dessus. Après des années, il n'est même plus besoin du torrent de larmes. Certains faits "remontent" plus facilement et sont traités de suite, les problèmes qui y trouvaient leur source disparaissent de suite.

Pour l'étape suivante, je n'y suis pas encore. J'ai encore des petites filles blessées en moi. D'ailleurs, je pense qu'une étape cruciale sera passée lorsque mes petites filles redeviendront une seule, mon moi entier, et non plus plusieurs petites filles représentant ma psyché encore fragmentée par la violence.