Le corps des incestées est marqué par les violences. Comment vit-on cela ?
Le corps des incestées est un continent inconnu pour elles-mêmes, et parfois détesté. C'est pourtant une ressource précieuse lorsqu'on explore les traumatismes pour les soigner. C'est lui en effet qui garde les traces encore vives de la chose sexualisée qu'a été une enfant incestée.
En réalité c'est le corps qui permet de résoudre les conflits entre l'obligation de se taire et les troubles ou maladies qui apparaissent à cause de cette interdiction. Selon moi la médecine ignore encore la profondeur des racines des maladies chroniques, faute de connaissance sur les conséquences des traumas.
Mon corps est marqué par les violences vécues. C'est assez extraordinaire quand j'y pense : beaucoup de choses sont inscrites dans mon corps, et parfois ces blessures se rappellent à moi.
Notre corps est pourtant notre allié. Il est un formidable ami : en nous permettant d'oublier le trauma, il nous protège contre la folie, en attendant de trouver les conditions psychologiques nécessaire pour accéder à la terrible vérité. Pour moi, les symptômes permettent de nous alerter sur les problèmes.
C'est parfois difficile de faire avec, car on peut croire que notre coprs nous trahit. Nous sommes dans une société encore fortement marquée par une conception mécaniste de la physiologie, où la médecine soigne les symptômes sans aller chercher les causes profondes du mal.
J'ai toujours considéré que mon notre corps me protégeait, qu'il ne m'était pas hostile. C'est grâce à lui que j'ai pu accéder à la mémoire de mes traumas. Il est d'ailleurs indispensable de passer par des sensations physiques pour expurger et nettoyer les traumas. Les larmes sont un bon exemple de nettoyage des anciennes blessures.
Cette partie n'est pas très étoffée car j'ai encore du mal à parler de cela. Parler du corps est difficile pour moi en tant qu'ancienne incestée , car cela me renvoie à mon genre, à la vie sexuelle, aux relations affectives difficiles. J'ai pour l'instant plus de facilité à parler de ce qui se passe dans mon esprit.
Cependant je tiens à témoigner de la possibilité de soigner certains problèmes très anciens en faisant confiance à ses sensations corporelles.
J'ai toujours trop mangé. C'était bien sûr pour combler un vide affectif. Mais.
Je pense désormais que cette histoire de nourriture cache encore des histoires tragiques.
D'aussi loin que je me souviens, j'ai toujours eu terriblement mal au ventre quand j'avais faim. Mais pas juste des crampes d'estomac : un malaise général qui me paralyse, qui m'empêche de bouger. Comme un poignard qui s'enfonce dans mon estomac et qui me fait tellement mal ! Alors que j'ai pris mon dernier repas il y a quatre heures.
Lorsque j'ai décidé de réellement explorer cette question, j'ai passé en revue les causes que j'avais à l'esprit :
1) J'ai toujours trop mangé pour combler un vide affectif. Bon. C'est vrai. Mais quand même, je dois manger toutes les quatre heures ! Et depuis mon adolescnce, j'ai apprivoisé ce vide, je l'ai même comblé.
2) J'ai grossi pour ne plus faire envie aux prédateurs. Là, problème : ceci est complètement inopérant. D'abord, cela ne fonctionne pas, car cela ne rebute personne, d'avoir une proie ou une partanaire "enveloppée". Alors d'où vient cette pensée ? C'est ce que j'entends depuis longtemps. Et soudain il m'apparaît que c'est une parole qui permet de cacher la vraie raison.
3) Depuis que j'ai décidé de créer ce site, je lis des récits sur l'inceste. Et à chaque fois, les femmes font état d'un tortionnaire qui ne se contentent pas de s'en prendre à elles physiquement : ils attaquent des éléments de l'univers des enfants, comme leurs jouets ou leurs animaux domestiques. Je savais que mon incesteur s'était servi des jouets que j'avais apportés pour en faire des jeux sexuels.
Mais quelque chose manque dans tous ces récits d'incestées, quelque chose de grave. Je l'ai retrouvé en retournant voir la petite fille que j'étais.
4) La privation de nourriture. Je me suis revue avoir faim, froid et être terrorisée, alors que j'étais juste pour une après-midi dans la famille de ma mère. J'ai compris pourquoi je mangeais trop : j'ai eu vraiment faim. Et surtout, j'ai eu peur qu'on m'abandonne. J'ai donc réellement eu peur de mourir de faim quand j'étais petite !
Sans l'aide de mon corps, je n'aurais jamais compris cela. A partir du moment où j'ai revécu les scènes, où j'ai compris ce que j'ai ressenti, cette torture de faim a complètement disparu de ma vie ! J'ai passé cinquante ans de ma vie avec une sensation de malaise dûe à la faim, qui avait pour source un acte sadique de plusieurs personnes de ma famille. Parmi tous les sévices sexuels de mon oncle, il y en avait un autre, qui lui a permis encore une fois de bien rigoler : il m'a enfermée dans la cave au moment du repas. Ça n'a pas dû durer longtemps, ça a bien dû le faire rire. Et pour moi, c'était un traumatisme de plus.
Je considère donc que ce qu'on appelle "trouble alimentaires" possèdent donc une source propre à chaque victime.
L'anorexie et la boulimie, qui sont les "troubles" dont on parle le plus, ont l'air d'être bien indentifiées comme reliées à des traumas. Cependant, l'inceste est tellement invisible que j'encourage chacune à explorer son passé pour trouver ce qui s'esst passé pour elle.
Je me souviens précisément de ma première crise d'asthme, qui s'est accompagnée de ma première crise d'urticaire.
Jamais aucun médecin ni spécialiste n'a relié cela à un éventuel mauvais traitement dans mon enfance. Actuellement je vois que cette quesiotn commence à être posée. Mais qui peux m'aider à traiter une question aussi vitale pour moi ? Je suis obligé à prendre des traitements jusqu'à la fin de ma vie.
Pourtant, je sais depuis longtemps que ces troubles sont liés à l'inceste que j'ai subi. Je suis allée explorer mon passé pour débusquer les racines de beaucoup d'inadaptations. Mais cette question de l'asthme, j'ai encore peur d'y aller voir.
Je suis sûre que les maladies chroniques sont des appels du corps à retrouver son intégrité, ce sont des signaux envpyés par le corps afin que la personne aie le courage de retourner dans les profondeurs de sa psyché pour faire remonter les causes jusqu'à sa conscience.
Même si je n'ai ps encore trouvé le moyen de faire disparaître mon asthme et mon urticaire chronique, je tiens en haute estime mon corps qui ne m'a jamais lâché. C'est lui qui m'a permis de revivre les scènes terribles, de pleurer, de m'en nettoyer. C'est lui qui m'a suggéré d'aller nager pour retrouver un liquide originel bienfaisant.

Ceci est une terrible interrogation. Autant pour les maladies lourdes, plutôt rares, c'est assez logique de se dire : "Ah c'est tellement lourd ce qui lui arrive, peut-être que cette maladie est liée à un ancien traumatisme ?"
Autant, pour des troubles dont souffrent presque la moitié de la population, la question devient plus délicate.
Pourtant, dès que j'ai découvert ce qui m'était arrivé, j'ai directement relié ma forte myopie à "mon enfance malheureuse". Mais j'ose à peine l'voquer ici.
Je relie mes problèmes de vue à mon amnésie traumatique, au fait que je n'ai refusé de voir ce qui était sous mon nez pour me protéger. Pourtant, la myopie est le fait de ne pas voir de loin. C'est donc tout mon avenir qui était compromis. Etre myope permet de rester dans une bulle de protection, où le reste du monde est flou, irréel. Cela permet l'empêche de moins m'atteindre.
Pour autant, c'est sans doute abusif de considérer qu'une maladie a une cause unique, comme ici si j'affirme que myopie = violences dans l'enfance.
Mais il n'y a pas que l'inceste comme traumatisme possible. C'est une question à explorer.