Dans l'imaginaire commun celui qui commet inceste c'est un monstre qui viole.
Mais pas du tout !
C'est un bon père de famille, on un gentil grand père ou un oncle sympa.
Personne ne parle lamais de l'entourage. C'est pourtant logique, et cela explique aussi la difficulté de révéler les viols : le premier facteur qui permet l'inceste c'est la famille.
C'est primordial et complètement sous estimé.
Le contexte familial est bien sûr en place pour cela : dans mon cas, je me souviens d'une grand mère maternelle « méchante ». C''est tout ce j'ai comme qualificatif, il date de l'époque : je devais me taire quand elle apparaissait, je n'ai pas de souvenir d'avoir eu une quelconque interaction avec elle.
Quand j'arrivais chez ma tante, mon oncle et ma grand mère qui vivaient ensemble, je devais m'asseoir devant la télé dans la cuisine (la pièce principale), ne pas bouger, ne pas faire de bruit, ne pas parler. J'avais peur de ma grand mère ! Ma tante venait me prévenir qu'elle arrivait et je me figeais comme une statue,
Je devais disparaître pour ne pas la déranger. Je me souviens que je regardais la télé sur une chaise, droite comme un i, sur mes gardes, je sentais la présence de ma grand-mère derrière moi et je n'osais pas me retourner.
J'ai le souvenir précis d'avoir au moins une fois croisé ma grand-mère alors que mon oncle m'emmenait faire ses saloperies. Je ressens encore ma détresse. Je suivais mon oncle car je n'avais pas le choix. En la voyant, comme je n'avais pas le droit de la déranger, je l'ai regardée aussi intensément que je pouvais, espérant qu'elle poserait une question à son fils, demandant ce qu'il allait faire avec moi, me donnant une occasion de m'échapper. Mais elle ne m'avait même pas vu, elle avait le regard vide, vaquait à son occupation droit devant, sans se préoccuper de moi ni de son fils.
Si vous avez suivi une analyse, vous savez que la chose la plus difficile à faire dans une démarche de retour sur son passé c'est de remettre en cause ses parents.
C'est très dur de remettre en cause le fait que ses propres parents nous ont maltraité, mais c'est le premier pas vers la lucidité.
Lorsque'on parle d'inceste, tout le monde s'arrête au violeur. Or LA FAMILLE EST UN SYSTÈME où chacun y a sa place. Chaque famille a ses habitudes et ses rituels.
Personne n'envisage le fait que si plusieurs enfants sont élevés par des parents maltraitants, ils participeront aussi de la maltraitance. Les enfants reproduisent les comportements des parents. Les fratries aussi, c'est inévitable.
Vous ne m'ôterez pas de l'idée qu'une enfant incestée est un être qui a été préparé à l'être par toute sa famille.
Je ne peux pas croire qu'une enfant éduqué dans le respect d'elle-même puisse subir l'inceste. Parce que même si elle subi un viol, je pense qu'elle aura envie de se confier à des adultes de confiance. Ce n'est pas la situation d'une enfant qui par son éducation a toujours été méprisée et considérée comme un objet, PAR TOUT LE MONDE.
Ma théorie est simple : l'inceste est tu parce que l'enfant victime n'a pas confiance dans les adultes.
JAMAIS un homme ne se permettrait de se servir d'une enfant comme objet sexuel si TOUTE LA FAMILLE ne le permettait et ne participait de cette domination.
Dans mon cas, mes parents sont de la génération qui ont grandi pendant la Deuxème geurre mondiale (nés en 1932). Ils ont été élevés dans l'idée que la vie était dure, ce qui fut vrai pour eux : ils ont dû s'exiler, ils n'ont eu que peu d'affection de leurs parents, ils ont toujours gardé leurs émotions et sentiments pour eux.
Ils ont eu quatre enfants, qu'ils ont élevés avec la conviction que les enfants sont là juste pour obéir.
Sans même en avoir conscience, ils nous traitaient avec impatience et nous dévalorisaient constamment Cela sans mauvaise intention : ils ont été élevés comme cela et ils ont reproduit leur propre éducation avec nous.
J'ai pu subir l'inceste de mon oncle car ma parole n'avait aucune valeur, personne ne s'intéressait à ce que je vivais. De toute façon, je devais à peine parler quand ça a commencé. J'ai fait une amnésie traumatique et j'ai retrouvé mes souvenirs à l'âge de 31 ans.
Mais je n'ai pas retrouvé uniquement des souvenirs de viol. J'ai aussi retrouvé l'ambiance de la famille, et des détails bien sombres.
J'étais la dernière arrivée, et j'ai retrouvé des souvenirs glaçant de mon frère et mes sœurs qui m'entouraient et me frappaient pour me dire des horreurs et me menacer, ou se moquer de moi.
J'ai une anecdote terrible qui illustre bien cette question :
A mes huit ans, toute la famille a déménagé à cinq cents kilomètres de notre premier lieu de vie et cela m'a fait un choc que j'ai eu du mal à surmonter. Pendant un mois, j'ai pleuré tous les soir, toutes les nuits. Au début, j'essayais de ne pas faire de bruit, mais j'avais 8 ans. Alors je pleurait fort, j'étais désespérée car j'avais tout perdu : mes repères, mes rares amis, ma famille.
Quelle a été la réaction de mes parents ? Mon père venait dans ma chambre tous les soirs excédé, pour me menacer d'une bonne fessée. Il m'en a d'ailleurs donné plusieurs durant cette période. Ce furent les plus terribles de mon existence. Je devais juste arrêter de pleurer fort car tout le monde devait se lever tôt le endemain. Jamais mes parents ne m'ont demandé pourquoi je pleurais. Jamais personne n'est venu vers moi avec une quelconque compréhension.
Une bonne vngtaine d'années plus tard, j'en ai parlé avec mes frère et sœurs, et mon frère m'a dit : "Ah oui je me souviens de cette période, tu étais insupportable, tu chialais toutes les nuits, on n'arrivait pas à dormir, t'étais trop chiante ". J'étais alors en véritable dépression, mais j'empêchais surtout ma famille de dormir tranquille. Est-ce qu'une seule fois l'une ou l'autre s'est dit : je vais aller voir ma petite sœur pour essayer de la consoler de sa peine ? Jamais.