
Ce qui a fonctionné pour moi est d'avoir retrouvé une vieille amie qui possédait à la fois l'intuition et les connaissances en psychologie pour m'accompagner sur ce long chemin.
Personnellement je "crois" à la psychologie, parce que son courant "humaniste" a développé des outils qui permettent de comprendre le fonctionnement de la psyché humaine, qui est véritablement universel. Certains théoriciens comme Jung ont même pris en compte de la spiritualité.
Il faut évidemment faire un tri dans les concepts, la psychologie est une science qui évolue. Mais c'est elle qui ma permis d'explorer les choses horribles qui me sont arrivées et c'est surtout elle qui m'a permis de me remettre debout après la révélation.
En ce moment elle connaît beaucoup de détracteurs, j''ai d'ailleurs remarqué que ceux qui la renient dans mon entourage sont ceux qui n'ont aucune envie de soulever le lourd couvercle de dessus leur propre enfance.
Le gros problème est de trouver la personne capable d'accompagner une incestée, car il est nécessaire d'accepter de retourner au fond du trou, là où se trouve la terreur, la colère et la morve, et je pense que peu de personnes sont capables d'aider les incestées si elles ne sont pas déjà passés par là.
La relation thérapeutique comporte un gros enjeu de pouvoir sur l'autre, c'est le point le plus difficile à débrouiller.
De plus l'incestée est un gouffre affectif, il est impossible de laisser un tel trauma sortir en face d'un thérapeute froid ou qui se dit objectif. L'enjeu est trop grand pour les enfants blessées à mort. Les conséquences de l'inceste vont chercher très loin dans la psyché humaine, d'autant plus s'il est arrivé à des enfants qui ne parlaient pas encore ou à peine. Face à une telle révélation c'est la vie toute entière de l'incestée qui est engagée, et il doit en être de même pour toute thérapeute qui prétend les aider.
Quoi qu'il en soit, je suis persuadée qu'il faut une aide pour affronter la révélation de l'inceste et les ramifications les plus graves qu'elle implique. Le boulot ne peut pas se faire toute seule : une autre humaine doit nous aider. Celles qui n'ont pas saisi ce qu'est l'inconscient pensent souvent qu'il est possible de s'en sortir seule. Mais le principe de la psychologie est qu'une autre nous montre ce que l''on ne voit pas de nous-même, afn de dénouer nos évidences et nos croyances ancrées depuis la plus petite enfance. Le premier pas étant d'accepter de remettre en cause nos parents.
Je conçois toutefois que cette ressource n'attire pas tout le monde, d'autant qu'elle est décriée en ce moment. Dans la rubrique "Lectures" je donne des informations que j'ai trouvées sur internet ou dans des livres, mais sans avoir rencontrés les personnes.

Dans mon cas, j'avais une amnésie traumatique et la révélation de mon inceste est venu à 31 ans, par surprise, lors d'une soirée de retrouvailles avec une vieille amie qui n'était pas psychologue ou psychiatre mais qui avait de solides notions théoriques, alliée à une sensibilité hors du commun.
Vers mes 20 ans j'étais allée voir deux fois un psychologue au CMP (Centre médico psychologique) de ma ville. J'en suis ressortie à chaque fois démunie. Ils ne m'ont absolument rien apporté. J'étais depuis longtemps dans une espèce de dépression larvée, j'avais des crises de larmes régulières, je manifestais une insatisfaction chronique face au monde extérieur. Surtout je rencontrais beaucoup de difficultés à m'adapter à la vie d'adulte : je n'avais pas envie de travailler, je ne savais pas quel métier exercer. Je ne pensais pas pouvoir m'adapter à un travail où je considérais que tout le monde jouait un jeu hypocrite. A chaque fois que je participais à des activités collectives avec des inconnus, du genre sessions à la Mission locale où à l'ANPE (ce sigle est un piège pour les jeunes générations :o), je voyais que je ne pensais pas comme les autres, j'étais toujours à la marge. Et quelle occupation valait qu'on sacrifie toutes ses journées pour de l'argent ?
En réalité, chez les deux psys que j'ai rencontré, dès la première séance je savais que ça ne mènerait à rien. Je les sentais tout à fait indifférents à ma personne, or j'avais besoin d'être en confiance pour me livrer, même si à l'époque je ne savais pas que c'était si grave.
10 ans plus tard, après la révélation de l'inceste commis par mon oncle à mon égard, j'ai passé six mois entiers, jour et nuit, à faire remonter mes souvenirs d'inceste mais aussi de maltraitance par toute ma famille, à pleurer et à écrire pour me libérer. J'avais mon amie qui m'éclairait par téléphone. Je ne la remercierais jamais assez d'avoir été aussi disponible pour moi pendant cette période.
Elle m'a appris les bases d'un comportement « normal » que je ne connaissais pas, ayant été élevée dans une famille incapable de verbaliser la moindre émotion et considérant que j'étais un objet.
Après ces 6 mois très intenses, j'avais presque accepté ce qui m'était arrivé et je pouvais désormais identifier et nommer seule les émotions traumatiques qui revenaient m'assaillir. De même, quand une situation m'énervait trop ou quand je sentais que ma colère était trop forte, j'arrivais à retrouver les racines de ces émotions au fond de moi. C'était une victoire sans nom, une véritable renaissance.
C'est ce travail de remise en cause de notre éducation la plus profonde qui est effectué lors d'une thérapie.