Survivre un peu

Symptômes › Les attirances

 Les traumatisées attirent certaines personnalités 

Les enfants traumatisées attirent des personnes et des situations qui peuvent se révéler problématiques.

Du fait d'une personnalité cabossée, les incestées ont tendance à attirer des gens tout aussi tordus qu'elles.
Elles attirent les gens qui ont des blessures semblables aux leurs, ou du moins qui ont des symptômes qui s'entendent ou se correspondent. C'est un cliché, mais c'est vrai.

 Celles  qui  enfouient  leur  mal-être  

J'ai fréquenté une famille de substitution dont le père s'alcoolisait tous les soirs. J'ai appris jeune les dégâts que l'alcool occasionne dans des familles aux airs tout à fait respectables. Le père était charmant avant le repas : drôle, cultivé, intelligent. Mais à la fin du repas il piquait des colères terribles ou se mettait à insulter sa femme.
L'alcool est un symptôme de grande souffrance. Malgré sa banalisation ici en France, je ne trouve plus aucune convivialité dans le partage d'un verre. Arrivé à mon âge (la cinquantaine), je vois que ceux qui boivent trop et qui ne le reconnaissent pas deviennent de plus en plus aigris. Ceux qui reconnaissent qu'ils boivent trop se disent qu'il sera bien temps le moment venu de se calmer. Personne ne se dit qu'un problème profond se cache derrière cette addiction.

 Les  personnalités  "toxiques" 

Ce terme est incorrect car il est synonyme de "déchet".
Or ce sont des traumatisées qui sont empêtrées dans un mental saturé. Dire qu'elles sont "toxiques" revient à évacuer le problème, à les laisser sur le côté. Or elles ont aussi le droit de voir leur sort amélioré.

J'ai travaillé pendant dix ans quelqu'un qui avait un petit commerce. J'ai travaillé pour elle et je suis devenue sa confidente. J'ai créé une boutique en ligne, l'ai aidée dans ses relations difficiles avec la "paperasse".   Sa vie c'était sa boite, elle ne s'accordait jamais aucun eek-end, aucune vacance. Son chiffre a chuté plusieurs fois à cause de la conjoncture, et pourtant elle trouvait chaque fois  de nouveaux débouchés, de nouveaux produits.
J'ai passé beaucoup de temps à essayer de lui faire prendre des pauses, à lui expliquer que voir d'autres personnes pouvait améliorer son moral, et donc son chiffre d'affaire. Mais elle ne voyait jamais le positif, rien n'allait jamais.
J'ai tenu des années car je croyais à son projet. Mais quelque chose bloquait toujours, son chiffre n'augmentait jamais assez pour permettre mon embauche à plein temps.
Et puis un jour, je l'ai vue devant ses clientes, et j'ai compris : elle se dévalorisait et dénigrait ses produits devant ses clientes, absolument sans s'en rendre compte ! Elle alimentait régulièrement la boutique en ligne que j'avais crée, elle avait même soigneusement réfléchi aux prix et réglé la question du transport, qui est le poste le plus couteux dans la vente en ligne. Et d'un coup je l'ai entendu dire  à une grosse cliente : "Mais n'allez pas sur mon site internet, je dois encore ajouter des produits !".
Ce jour là j'ai réalisé douloureusement que tous mes efforts n'avaient servi à rien et j'ai stoppé ensuite cette collaboration.

Je me suis aperçue que celle que je considérais comme une amie pompait mon énergie, exigeait beaucoup de moi, depuis tout ce temps, et tout ça pour saboter notre travail commun. Ce fut une prise de conscience difficile pour moi.

 

 Les  gens  larguées 

C'est certain, les traumatisées vont surtout traîner avec d'autres maltraitées.
Comment une enfant qui a grandit dans la précarité peut-elle se trouver à l'aise avec ceux qui ont vécu dans l'opulence ?

Je me suis toujours sentie proche des personnes qualifiées de "marginales" : celles qui affichent un style vestimentaire transgressif, qui vivent en squat, qui tentent de s'affranchir des règles sociales. Jamais je n'ai eu peur de quelqu'une qui chantait trop fort dans le métro ou qui avait une apparence hors norme.

J'en ai suivi certaines dans leur monde personnel, et à chaque fois c'était un enrichissement.

De toute façon, je n'ai jamais moi-même réussi à m'intégrer dan sla société. Dans chaque situation où je me suis trouvée, j'étais en décalage. Le plus criant étant sans doute ma reprise d'étude à 43 ans, où je me suis retrouvée avec des étudiantes qui auraient pu être mes propres filles !

 Les  gens  à  sauver 

Le plus compliqué, c'est qu'à force de tomber sur des gens abîmés, on croit qu'on peut les sauver.

Ma première relation amoureuse a été
une grande passion qui a fini en mode "femme battue".  C'était une découverte incroyable pour moi, d'avoir un homme qui me choyait et avec qui je m'entendais aussi bien au lit. Mais rapidement il s'est mis à me dévaloriser. Puis de plus en plus régulièrement il piquait des crises où il me criait dessus sans raison valable. Il n'a jamais été violent physiquement, et j'ai vraiment cru au début que je pouvais le calmer, bref, le sauver. Mais non.
Ce n'est pas une compagne ou un compagnon qui peuvent assurer le soutien psychologique de sa partenaire. J'ai eu le courage et surtout l'opportunité de couper cette relation et de quitter cet homme avec beaucoup de regrets. 
Quelques années plus tard, j'ai appris que j'avais vécu la situation souvent décrite par les femmes battues : j'étais fermement convaincue que mon amour et ma patience finirait par calmer ses crises. Mais évidemment que non.

 La réalité est implacable : on ne peut pas sauver les gens s'ils n'en ont pas envie.

C'est douloureux de voir une amie déclarer un cancer à un stade avancé alors que j'ai tenté pendant des années de lui faire changer d'état d'esprit. C'est difficile d'apprendre qu'une autre a eu un grave accident et en est décédée, alors que je l'avais vu la veille, tellement nerveuse, blanche de n'avoir pas dormi à force d'essyer de gérer les soucis ramenés par son mari et ses enfants.

Les humaines sont libres de leur choix, et beaucoup ne souhaitent pas vraiment changer. C'est une interrogation encore vivace pour moi, qui voit régulièrement des personnes que j'apprécie sombrer dans la dépression ou se laisser dévorer par une colère si ancienne qu'elles ont peur d'affronter.

Quand je fais le compte de mes relations, je vois bien que j'ai surtout côtoyé des personnes abîmées, qui étaient toutes dans une grande détresse. Je ne sais pas si l'une d'elle a vécu un inceste comme moi, mais je n'ai pas d'illusion sur le fait que je me suis connectée avec elles pour des raisons profondes et inconscientes.